1 décembre 2022
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CULTURE

Patrimoine culturel: Bientôt le retour en Côte d’Ivoire du Tam Tam parleur  » Djidji Ayôkwé »

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La Côte d’Ivoire se prépare à accueillir le  » Djidji Ayokwe », un tambour parleur appartenant au peuple Atchan de la région d’Abidjan. La restitution par la France de ce patrimoine culturel ivoirien actuellement exposé au Musée du quai Branly à Paris est prévue pour très bientôt. C’est dans ce cadre de la préparation du retour du Tam Tam Parleur du peuple atchan, sur ses terres que la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a pris part, au nom du gouvernement, le jeudi 27 octobre 2022, à la chefferie d’Adjamé-village à Abidjan, à une cérémonie organisée par le Collectif des chefs de la fratrie bidjan.

Cette cérémonie vise à conjurer le mauvais sort en vue de faciliter le retour du  »Djidji Ayôkwè ». Le » Djidji Ayôkwè », qui signifie panthère-lion en français, est un tambour sacré de 3,5 m de long sur 0,78 de diamètre, enlevé en 1916, pendant la colonisation et conservé au musée du quai Branly, en France. Il y a donc 106 que ce patrimoine culturel a quitté la Côte d’Ivoire.

Symbolisé par le chiffre 4, le  »Djidji Ayôkwè » est composé de quatre couleurs, notamment le rouge, le noir, le blanc et le bleu. Il concentre toute la civilisation tchaman et bidjan, fondateurs d’Abidjan. Ce chiffre 4 renvoie aux quatre villages

bidjan, notamment Bidjanté (actuel Attécoubé), Bidjandjèmin (actuel Adjamé), Cocody-village et Bidjan-Santé. Il ramène également aux quatre générations, à savoir Gnando, Dougbo, Tchagba et Blessoué.

« C’est un moment historique pour notre pays. La Côte d’Ivoire, à l’instar de nombreux pays à travers le monde, est engagée dans une démarche inclusive pour le retour de ses biens culturels dont elle est privée depuis plus d’un siècle. Cette privation ayant entraîné désarroi, peine, colère, incompréhension, puis une volonté ferme portée par les plus hautes autorités de ce pays, de la restitution de ce qui nous appartient, notre socle, notre patrimoine qui nous conférait une force et qui était un facteur de cohésion », a affirmé Françoise Remarck, en présence de Robert Beugré Mambé, ministre- gouverneur du district d’Abidjan.

La ministre a assuré que tout est mis en place pour la réussite de ce projet. « Le retour du  »Djidji Ayôkwè » est attendu avec impatience au-delà de notre pays. Dans quelques jours, une délégation de chefs se rendra au Quai Branly pour la cérémonie rituelle qui doit permettre la restauration de l’objet sacré», a-t-elle indiqué. Françoise Remark a rassuré de l’engagement continu du Gouvernement pour que tout soit mis en œuvre, dans le respect des us et coutumes en vue du retour du  »Djidji Ayôkwè » en Côte d’Ivoire dans la paix, la concorde et la Solidarité.

Par ailleurs, elle a rendu hommage à ses prédécesseurs Maurice Bandama, Raymonde Goudou-Coffie et Harlette Badou N’guessan Kouamé pour avoir tracé les sillons de cette restitution qui, à n’en point douter, marque le début d’un large mouvement inclusif pour le retour d’autres biens culturels.

Nanguy chérubin, porte-parole des chefs de la fratrie composée de sept villages, a insisté sur deux défis à relever. Il s’agit de la réparation pécuniaire, car dans le droit traditionnel des bidjan, quand le sang est versé, il faut une réparation. L’autre défi porte sur la modernisation de l’habitat traditionnel des villages bidjan, à travers un plan Ouattara pour les bidjan. Poursuivant, il a indiqué que le Djidji Ayôkwé, véritable moyen de communication du peuple Atchan contre la colonisation française, servait surtout à sonner l’alerte à l’arrivée des colons français.

Le tambour qui émettait des sons variés, était utilisé pour transmettre des messages aux différents villages autour d’Abidjan. << C’était le Djidji Ayôkwé qui leur permettait de prévenir les uns et les autres lorsque le colon arrivait dans une zone donnée, puisque les populations n’étaient pas d’accord avec la méthode musclée de réquisitions des personnes pour le travail forcé», explique Nanguy Cherubin. Quand on le jouait, on l’entendait de très loin à environ 20 kilomètre à la ronde, ajoute -t -il que le tambour était gardé à Adjamé dont le nom signifie lieu de rencontre en ébrié.

Christian Tiony

Légende : La ministre Françoise Remarck en compagnie des chefs de la fratrie et des personnalités