2 octobre 2022
Abidjan Cocody Palmeraie 06 BP 2868 Abj 06
SOCIÉTÉ

LIDHO: La violence contre les enfants menace d’assombrir l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Ecouter cet article

Aucun pays africain – y compris la Côte d’Ivoire – n’est à l’abri du terrible fléau de la violence contre les
enfants. Les enfants et les jeunes africains continuent de subir des abus physiques, psychologiques et sexuels
généralisés, tandis que les conflits armés, l’extrémisme violent et la pandémie de COVID-19 ont créé une
onde de choc permettant à la violence contre les enfants de se développer. L’ampleur de la violence à
l’encontre des enfants en Afrique est inacceptable et ne fait qu’empirer.
La Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (LIDHO) appelle le gouvernement de la Côte d’Ivoire à intensifier
massivement ses efforts de lutte contre la violence envers les enfants. Nous saluons le fait que la Côte
d’Ivoire soit l’un des 12 pays africains « pionniers » reconnus par le Partenariat mondial pour mettre fin à
la violence contre les enfants, dirigé par les Nations Unies, pour leur engagement à sensibiliser, à stimuler
le leadership, à galvaniser l’action et à établir des normes nationales de prévention de la violence. Mais il
reste encore beaucoup à faire.
Cette semaine, des représentants des gouvernements et de la société civile de plus de 30 pays africains se
réunissent à Addis-Abeba pour participer au Symposium panafricain d’apprentissage sur la prévention de
la violence, organisé par le Partenariat africain pour mettre fin à la violence contre les enfants (APEVAC).
L’objectif est de donner le coup d’envoi d’une action visant à mettre fin à la violence contre les enfants,
mais les participants se savent confrontés à une tendance indéniable : malgré l’introduction progressive,
au cours des décennies précédentes, de meilleures lois et politiques, l’Afrique affiche toujours des taux de
violence contre les enfants parmi les plus élevés au monde.
Pour ne citer que quelques-unes des dernières conclusions alarmantes d’African Child Policy Forum (ACPF),
plus de 80 % des enfants âgés de 1 à 14 ans subissent une discipline violente et quatre filles sur dix subissent
des violences sexuelles. Il est profondément troublant que trois millions de filles soient exposées au risque
de MGF chaque année. Les données montrent également que la traite des enfants en Afrique subsaharienne
est la plus élevée au monde.
Le gouvernement de la côte d’Ivoire doit faire davantage pour s’attaquer aux causes profondes de la violence
contre les enfants, telles que les attitudes sociales et culturelles, la discrimination sexuelle, la pauvreté et les
crises humanitaires. Dans le même temps, il doit accorder une attention beaucoup plus grande aux défis
nouveaux et émergents causés par les conflits armés, l’extrémisme violent et la pandémie de COVID-19.
La LIDHO est parfaitement conscient des contraintes financières auxquelles sont soumis les gouvernements
africains dans le cadre du ralentissement de l’économie dû à la pandémie. Mais nous ne pouvons pas
permettre que les petits progrès réalisés dans la lutte contre la violence à l’égard des enfants au cours des
trente dernières années soient anéantis par un manque d’investissement dans les programmes sociaux et de
protection de l’enfance. Au contraire, le moment est opportun pour augmenter les financements, car la
violence à l’encontre des enfants a un impact social et économique néfaste important sur la société dans son
ensemble. Les preuves sont claires : la violence à l’encontre des enfants est directement liée à un faible

niveau d’éducation, au décrochage scolaire, aux mauvaises perspectives d’emploi et à une mauvaise santé
à long terme, et elle a des répercussions à long terme sur la productivité, en accroissant massivement le
coût des soins de santé et des services sociaux.
Compte tenu de l’incertitude économique actuelle, les programmes de prévention de la violence financés
par les bailleurs internationaux et les ONG restent essentiels.
Cependant, les racines du problème se trouvent ici, en Afrique, avec des attitudes et des pratiques
traditionnelles profondément ancrées envers les enfants – en particulier envers les filles. Or, ces pratiques
constituent un obstacle important à la réussite. La violence à l’encontre des enfants ne sera éradiquée que
lorsque les Africains eux-mêmes prendront leurs responsabilités. Il est donc particulièrement frustrant de
constater que des stratégies efficaces, des bonnes pratiques et des solutions africaines propres à prévenir la
violence à l’encontre des enfants existent et ont fait leurs preuves, mais restent en grande partie ignorées.
Souvent, les efforts faits partout dans le monde afin de lutter contre la violence à l’égard des enfants africains
ne tiennent pas compte des systèmes autochtones de protection de l’enfance qui pourraient être promus et
reproduits sur tout le continent.
Cela fait 30 ans que la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant – plus connue sous le nom de
Charte africaine des enfants – a été adoptée. La plupart des gouvernements africains, dont celui de la Côte
d’Ivoire, sont signataires de la Charte africaine des enfants et de la Convention des Nations Unies relative aux
droits de l’enfant (CDE). Pourtant, chaque jour, des millions d’enfants sur le continent sont confrontés à la
violence, à l’exploitation et à la discrimination. La violence a des effets dévastateurs sur la dignité de l’enfant,
sur son bien-être physique et mental, son développement et ses chances dans la vie. Les enfants handicapés
ou atteints d’albinisme, les enfants placés en institution ou ceux qui vivent et travaillent dans la rue, et les
enfants pris au piège dans des crises humanitaires et des conflits armés sont les plus exposés à la violence.
Dans le même temps, l’amélioration de la connectivité numérique et les confinements dus à la pandémie ont
entraîné une augmentation des abus sexuels, notamment en ligne.
Bien que nous nous félicitions de la participation de notre gouvernement à la réunion d’Addis-Abeba et de
son engagement en tant que nation « pionnière », il ressort clairement que les capacités financières et la
volonté politique font défaut. La LIDHO appelle tous les gouvernements, l’Union africaine et les
Communautés économiques régionales à accroître les investissements dans les initiatives visant à mettre
fin à la violence contre les enfants. L’éradication de cette tache sur notre conscience collective est l’une
des priorités les plus importantes de notre temps.

NETH Willy Alexandre, Président de la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (LIDHO).