7 août 2022
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CULTURE

Imam Cissé Seidou, président de l’Ong Arche de Paix Internationale(API) : « Le peuple malien exige le respect de ses aspirations.»

Cissé Seidou est chef suprême de la Haute autorité traditionnelle coutumière et leaders d’Afrique (Hatcla) et médiateur du Conseil Panafricain traditionnel des autorités coutumières (Cptac). Il se prononce sur la situation au Mali.

Notre Voie : Médiateur du Conseil Panafricain traditionnel des autorités coutumières (Cptac). Vous étiez parmi la délégation conduite par le président du Conseil Panafricain traditionnel des autorités coutumières (Cptac), Dada Awiyan Kokpon, qui était partie au Mali pour les pourparlers avec les chefs des Etats des pays membres de la Cedeao pour la résolution de la crise malienne. Quel est l’état de la situation qui prévaut au Mali ?

Cissé Seidou: La situation qui prévaut au Mali est vraiment critique. La vie est devenue très chère. La cohésion sociale est véritablement touchée.

Est-il possible d’organiser des élections libres et transparentes au Mali dans quelques mois ?

Non. L’on ne peut pas organiser des élections présidentielles libres et transparentes au Mali, même dans trois ans. Parce que l’insécurité règne sur 80% du territoire au Mali. À présent, aucune force ne peut garantir la sécurité au Mali. Même la force barkane ne peut pas le faire. Le peuple malien a des problèmes qui existent depuis 20 ans. En tout cas, la cohésion sociale au Mali est vraiment détruite. Tout le monde est méfiant. Il y règne une atmosphère de méfiance au Mali. Chacun est sur ses gardes.

Quels conseils pouviez-vous donner aux présidents des États membres de la Cedeao à propos de la crise malienne ?

Tous les africains doivent conjuguer leurs efforts pour pouvoir obtenir leur liberté. Les États membres de la Cedeao doivent tenir compte des aspirations du peuple malien dans la résolution de la crise qu’ils traversent en ce moment. Donc que les chefs des États membres de la Cedeao ne soutiennent pas la cause de la communauté internationale pour mettre pression sur le Mali, afin d’organiser les élections dans la précipitation, alors que le peuple malien souffre. Par ailleurs, les dirigeants maliens doivent prendre conscience du fait que, ce sont eux qui vivent et connaissent les réalités de leur pays. Il est alors inutile de se précipiter pour aller aux élections. Parce qu’il y a beaucoup de problèmes qui divisent les maliens. Il est de ce fait judicieux de prendre le temps qu’il faut pour renforcer la sécurité et la cohésion sociale au sein de la société malienne.

Pourquoi demandez-vous au dirigeants de ne pas se précipiter à aller aux élections ?

Nous avons recueilli les propos du peuple malien. Nous avons relevé qu’il y a beaucoup de problèmes à résoudre au Mali. Et, ce sont ces divers problèmes qui ont conduit au coup d’Etat. Alors, fermer les yeux sur ces problèmes et aller aux élections est suicidaire. Je vais vous expliquer le cas palpable de mon pays, la Côte d’Ivoire. En 2010, l’on avait demandé au président de la République de la Côte d’Ivoire de ne pas s’hasarder ou se précipiter à aller aux élections. Mais la pression de la communauté internationale et celles des opposants politiques endogènes ont poussé ce dernier à organiser les élections. Résultat : il y a eu toutes les atrocités que vous savez en Côte d’Ivoire. Notamment, les tueries, les emprisonnements des dirigeants politiques, les poursuites judiciaires illégales, le désordre tout azimut, les frustrations, les injustices, etc. En tout cas, le peuple ivoirien et tous les étrangers qui y vivaient en ce moment ont connu des calvaires, des atrocités. Bref, il y a eu atteinte à la dignité humaine, aux droits de l’homme. C’est pour épargner le peuple malien de ces atrocités que nous, Haute autorité traditionnelle coutumière et leaders d’Afrique (Hatcla), conseillons au peuple malien la voie du dialogue. Et d’ailleurs, les Assises qui ont eu lieu au Mali ont prouvé que le peuple malien aspire à la paix et au règlement pacifique de leurs problèmes. A preuve, les statistiques ont montré que 95% des maliens veulent la voie du dialogue pour régler leurs problèmes. D’où ce chronogramme de transition proposé par le président de la transition malienne, Assini Goita. Ce chronogramme prend en compte toutes les aspirations du peuple malien et les valeurs culturelles africaines, et en particulier celles des maliens. La société civile malienne est représentée par la faîtière Dambé ton, ce qui signifie groupe de dignité en malinké. Cette faîtière Dambé ton incarne les aspirations et les valeurs du peuple malien. Et, elle privilégie la voie du dialogue pour atteindre ses objectifs : la liberté et la démocratie.

Quelle analyse pouvez-vous faire des coups d’Etat répétés et des troubles révolutionnaires dans les pays africains ces deux dernières décennies ?

Tout simplement, c’est parce que les pays africains aspirent à la liberté. Les pays africains veulent être autonomes et jouirent de leurs ressources humaines et naturelles. En tant que pays souverains, ils ne veulent plus être sous l’hégémonie ou le couvert d’un quelconque pays. A l’instar du Ghana, le Mali et les autres pays de l’Afrique, et particulièrement ceux de l’Afrique de l’ouest réclament leur autonomie. Donc tous les chefs d’Etat des pays africains ont intérêt à conjuguer leurs efforts, à s’unir et lutter pour leur liberté.

 

Interview réalisée par César Kouakou, stagiaire.