12 août 2022
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POLITIQUE

Côte d’Ivoire/Présidentielle 2020: Voici dix-neuf textes pour bien connaître Affi

Un authentique homme de gauche. Un humaniste. Un homme aux convictions trempées. Un homme moderne et modéré. Un homme de paix et de conciliation. L’homme Gbagbo. C’est à ces conclusions que l’on aboutit quand on finit de parcourir les 266 pages de « mon combat pour la justice, la paix et la réconciliation nationale » un recueil de dix neufs discours tenus par le président du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’guessan entre 2003 et 2018, paru récemment aux éditions Kamit.

Affi  est authentique homme de gauche. Un socialiste aux convictions trempées et un homme de grande culture. On s’en convainc quand on fini de lire le deuxième texte qu’il propose dans son livre,  de la page 41 à la page 66. Et qui est en fait une communication qu’il a faite à l’occasion d’une table ronde organisée par la Fondation Jean Jaurès, à l’occasion du congrès du parti socialiste français du 16 au 17 mai 2003. Thème de cette communication : « Le socialisme et les valeurs communes de démocratie et de solidarité à l’épreuve des drames du 21e siècle ».

Dans ce texte d’une rare densité, qui en dit long sur le niveau de culture de l’auteur, l’actuel candidat du FPI à la prochaine présidentielle dénonce l’inaction des forces de gauche, notamment des socialistes du monde face aux coups de boutoirs des forces néolibérales et des puissances d’argent les démocraties naissantes.

Une situation qu’il a expliquée, par les contradictions et conflits qui gênent la promotion des valeurs communes de démocratie et solidarité dans le monde. A commencé par les contradictions nord-sud, à savoir, le fardeau de la dette des Etats du tiers monde, les programmes d’ajustement structurels, le système commercial international, la dégradation de l’environnement et l’érosion de la biodiversité, le recul du multilatéralisme. Puis il a pointé du doigt les contradictions nord-nord et les contradictions sud-sud. Des contradictions qui font dans ces différents blocs régionaux et géopolitiques des leaders de gauche qui logiquement devraient être ensemble, s’opposent et s’affrontent pour les intérêts de leurs pays ou pour leurs propres intérêts.

L’auteur qui a fait le constat du recul des valeurs communes de démocratie et de solidarité, l’alors expliqué par trois facteurs. L’avènement d’un monde unipolaire dominé par les Etats-unis d’Amérique, la montée des nationalismes, conséquence du modèle néolibéral et le caractère inadapté des moyens et méthodes de lutte utilisés par les socialistes dans un monde en pleine mutation.

« Il nous faut inventer de nouvelles solidarité »

S’appuyant sur son expérience de la crise ivoirienne née du coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002, et du faible soutien dont a bénéficié le rime socialiste du président Laurent Gbagbo de la par de l’internationale socialiste, le président a appelé les forces progressistes de gauche à inventer de nouvelles solidarités. « Pour dissiper les doutes et les craintes des socialistes de Côte d’Ivoire et du monde, il nous faut inventer de nouvelles solidarités. Nous entendons par nouvelle solidarités, celles qui s’alimentent aux sources des échanges d’expériences, d’hommes, de projets de société et de programme de gouvernement pour faire avancer la cause du socialisme démocratique. Pour pouvoir dessine ensemble cette nouvelle vision, ses contours, ses orientations que l’internationale socialiste organise un colloque international avant la fin de cette année, sur le thème : « le socialisme démocratique, quelles réponses au défis du XXIe siècle ? A cette rencontre seront abordées, entre autres questions, celles des organisations internationales qui méritent d’être renouvelées aujourd’hui » page 58. Et justement pour ouvrir le débat sur la question, l’auteur expose clairement son point de vue. « De l’évolution de la diplomatie internationale, on peut tirer deux enseignements.

Ce sont des membres inamovibles du conseil de sécurité, munis de leur droit de véto acquis depuis 1948, qui orientent et dirigent l’ONU et le monde. Or, ce droit de véto n’est plus adapté. Il est anti démocratique et consacre la loi du plus fort, dans la mesure où ce sont les vainqueurs des forces nazies qui se sont octroyé un privilège qui ne se justifie plus en 2003, dans la mesure où c’est une minorité de pays qui exercent sa dictature sur la majorité. Or, la grande majorité des pays aujourd’hui (183 Etats) de sauraient souffrir les conditions et humiliations faites aux vaincus de 1945.

Il est important de relever que ce petit groupe de pays qui agissent toujours au plan international soit en leur nom, soit au nom de l’ONU, coïncident avec les puissances occidentales dont les multinationales dominent l’humanité par l’influence qu’elles exercent sur le commerce international, les circuits financiers internationaux et les politiques économiques du tiers monde. Cette position est d’autant plus inacceptable que ce sont ces puissances qui bloquent les avancées démocratiques en suscitant des conflits généralement interethniques dans les pays du sud, chaque fois que leurs intérêts économiques sont menacés (Congo Brazzaville, République démocratique du Congo, Tchad et Côte d’ivoire). En nous fondant sur ce qui précède, nous pouvons faire remarquer que la plupart des conflits qui secouent le monde ne trouvent pas de solutions justes et durables, parce que les principaux arbitres sont juges et parties, piétinant le droit et la justice pour la préservation de leurs intérêts égoïstes. Ceci a eu pour conséquence grave de vider l’ONU de tout contenu éthique et juridique (…) En définitive, nous sommes d’accord avec certains leaders politiques et de la société civile qui soutiennent qu’avec le néolibéralisme, le monde devient une marchandise et que les valeurs communes de démocratie et de solidarité reculent la loi du marché. Le marché, il est vrai, est la perspective économique qui stimule l’activité de production, mais il ne saurait en constituer l’horizon ou la finalité ultime, l’homme étant ce pour quoi la richesse existe et s’accumule (page 59 à 61) ».

« Nous avons toujours prôné l’accession au pouvoir par les urnes »

En plus d’être un authentique homme de gauche aux convictions bien trempées et surtout parce qu’il l’est,  le président à la lecture de ses prises de positions sur la longue crise ivoirienne et même après sa sortie de prison, s’est montré comme un homme de compromis, un homme modéré et un défenseur de la stabilité et de la cohésion sociale et de l’unité nationale. C’est notamment le sens qu’il donne à sa posture post-Marcoussis. Dans le mémorandum qu’il a écrit au lendemain de l’accord de la banlieue parisienne, qu’on peut lire de la page 21 à la page 40 du livre, intitulé « l’accord de Linas Marcoussis : une voie de sortie de crise » publié le 6 mars 2003, il appelle notamment les militants et responsables du FPI, à l’époque particulièrement remontés contre l’accord au pardon et au rassemblement. « Aux instances dirigeantes et aux militants du FPI, j’invité les cadres du parti, les élus et les militants de base à rester mobilisés et solidaires devant cette épreuve qui nous est imposée. Nous avons toujours prôné l’accession au pouvoir par les urnes. Jamais, dans nos actes et nulle part dans notre projet de société et dans programme de gouvernement, nous n’avons projeté de lutte armée pour la conquête et l’exercice du pouvoir. Je comprends donc votre désarroi et votre indignation face à la crise actuelle et les solutions préconisées par l’Accord de Linas-Marcoussis, je vous exhorte à la cohésion, au pardon et au rassemblement autour du président de la république, dans la discipline et la solidarité » page 37. Non sans avoir rappelé qu’ « un compromis n’est pas une situation idéale. Ce n’est ni la situation antérieure, ni celle visée par chaque partie pendant la belligérance. Le compromis est fondé sur la volonté des parties en présence de passer de la situation d’affrontement, à une situation de concorde et de réconciliation. Il s’agit pour elles d’amorcer une phase de gestion et résolutions apaisantes de leurs contradictions. En ce sens, la table ronde de Linas-Marcoussis avait pour but de trouver les compromis nécessaires au retour à la paix. En conséquence, les partis politiques et les mouvements rebelles présents à cette rencontre étaient condamnés à faire des concessions, s’ils voulaient arriver à un accord de paix (page 25 et 26 » écrivait-il pour répondre à ceux qui dans son camp le critiquaient pour avoir signé cet accord.

« La réconciliation vise à restaurer des relations harmonieuses sur la base du pardon »

C’est ce sens du compromis, qui est pour lui quasiment une seconde nature, qui l’amènera quelques jours après les évènements du 11 avril 2011 à appeler le nouveau pouvoir à la discussion et à la négociation pour « une solution politique de sortie de crise ». « Depuis la chute du mur de Berlin et dans les pays en développement et transition comme le nôtre, il n’y a pas 36000 manières de résoudre une crise politique, mais une seule. Celle de la négociation et du dialogue politique. Elle exige humilité, hauteur de vue et ouverture d’esprit, sens de l’intérêt national » page 112. Une posture qu’il ne quittera jamais, et qui finira par être la pomme de discorde entre lui et les dissidents du FPI à partir de juillet 2014. C’est pour Affi, le dialogue politique, la négociation ne sont pas des options, mais le fondement de l’action politique. Ceux qui l’ont donc accusé opportunément de collaborer avec le régime Ouattara à sa sortie de prison, parce qu’il proposait le dialogue politique, à sa sortie de prison, savait donc qu’ils l’accusaient à tort. Et pour bien montrer que son choix du dialogue politique, de la négociation et de la réconciliation pour fonder la paix, était un choix de raison, il va réitérer sa demande même en étant en prison à Bouna. C’est le sens de « l’appel de Bouna à la résistance, à la réconciliation et à la paix » publié en juillet 2011, depuis la prison de Bouna. « La gravité de la situation de notre pays ne peut s’accommoder de la mauvaise foi, ni d’extrémisme destructeur, ni de conformisme réducteur. Il faut de l’éminence, de la tempérance, de la vision et de l’ambition pour définir et mettre en œuvre des stratégies pertinentes qui peuvent conduire à la restauration politique, économique, sociale et culturelle de notre pays. C’est pour quoi, il convient de saluer la création de la commission dialogue vérité et réconciliation, une démarche en phase avec l’histoire et la culture de notre pays. Parler de réconciliation nationale, c’est opter à priori pour un mode de règlement de la crise qui s’appuie sur un processus de conciliation, de médiation ou de facilitation. La réconciliation vise à restaurer des relations harmonieuses sur la base du pardon ». page 126

Et pour bien montrer que cette réconciliation est possible avec des outils pertinents, il a proposé dès sa sortie de prise, en septembre 2013, les états généraux de la république (EGR) (page 149-184).

Enfin, s’il y une constance qui se dégage de la lecture de «Mon combat pour la justice, la paix et la réconciliation » c’est l’attachement quasi filiale du président Affi N’guessan au président Laurent Gbagbo. Tout au long du livre et des textes, il le cite, pas moins de 197 fois. Parce que, justement, plusieurs des textes rendent compte de la relation particulière que les deux hommes ont nouée au fil des années de collaboration. « Très tôt, le président Laurent Gbagbo m’a fait confiance et m’a appelé à ses côtés dans la bataille à l’issue incertaine et pleine de risques dans laquelle il avait décidé de s’engager pour transformer la Côte d’Ivoire. A l’issu du congrès constitutif de septembre 1990, je suis entré à la direction du parti en qualité de secrétaire national des secteurs stratégiques. En 1994, Laurent Gbagbo, certainement convaincu par la qualité de mon travail, m’a confié la direction de son cabinet. De facto, je me suis retrouvé au centre de la marche du parti et du parcours politique de son leader » écrit Affi dès l’introduction du livre. Page 10

Avant de revenir au fil des et des occasions sur une relation de complicité, que même les tensions actuelle n’abimeront certainement  jamais.

Guillaume T. Gbato