6 décembre 2022
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CULTURE

Constant Boty (guitariste de jazz) depuis les Etats-Unis : « Je ne voulais pas réaliser ce projet sans avoir l’aval de quelques maîtres du jazz »

Aux Etats-Unis pour la réalisation de son prochain album, une oeuvre en hommage à l’ex-secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, le guitariste de jazz ivoirien Constant Boty a bien voulu se confier à Notre Voie. Dans cet entretien, il nous parle de sa relation avec M. Annan, de son oeuvre « Comme ci, comme ça » et de sa tournée promo de l’album en Afrique. Interview.

Notre Voie : Constant Boty, vous étiez très proche de feu Kofi Annan dont c’était le 1er anniversaire du décès dimanche dernier. Vous sortez en fin d’année un album hommage à cet ancien secrétaire général des Nations unies. Quel but visez-vous en lui dédiant une oeuvre ? Quel message voulez-vous ainsi véhiculer ?
Constant Boty : Je suis très heureux de sortir cet album à hommage à M. Kofi Annan pour plusieurs raisons. Mais permettez-moi de n’en citer que trois. La première raison est que Kofi Annan était un fan de ma musique, car, selon lui, elle est un mélange des rythmes africains, du vocabulaire jazz et des musiques du monde.

Kofi Annan était fasciné par ma façon de toujours introduire des arrangements nouveaux pour une même chanson que je jouais différemment à chaque fois. Mon premier album « Guru Guru », qui était pourtant un album avec une musique compliquée, l’a satisfait. Il me posait beaucoup de questions sur mon intérêt pour le brassage des cultures. C’est ainsi que je lui disais que mon prochain album sera encore plus ancré dans cet élan de mélange de cultures.

C’est ainsi que plusieurs mois avant que je n’arrive à New York pour étudier la guitare jazz, je lui avais fait savoir que je réaliserai un album qui s’appellera « Comme ci, Comme ça » et que la nationalité des musiciens, le choix du répertoire et les arrangements seraient une grande première. Et qu’il découvrirait une autre facette de mon amour pour le brassage des cultures. En tout cas, Kofi Annan était fasciné par cette idée et attendait impatiemment la sortie de l’album.

-Quelles sont les deux autres raisons ?
La deuxième et la troisième raison se sont ajoutées juste après la mort de M. Kofi Annan. J’ai été profondément marqué par son décès, car je voulais qu’il écoute l’album. Et donc, j’ai décidé d’agrandir le répertoire et d’y ajouter quelques-uns de ses morceaux préférés qui figuraient sur l’album « Guru Guru ». Notamment « Guru Guru », « Mankalo », ainsi que d’autres morceaux que je n’avais pas encore enregistrés, mais qu’il aimait, dont « My people », « Mali », etc. Aussi sais-je que Kofi Annan aimait « Premier gaou » du groupe Magic System.

Donc j’ai décidé aussi de faire mon interprétation de cette œuvre. En fait, le but de l’album, c’était d’abord de faire plaisir à un fan qui appréciait mes qualités musicales. Mais c’est après son décès que j’ai décidé de produire un album pour surtout lui rendre hommage. Et le but recherché ici, c’est de lui manifester mon affection et le remercier pour l’impact positif qu’il a eu dans ma vie. Car c’est grâce à lui que j’ai su me forger une conviction forte, que j’ai su entretenir de l’espoir pour mes rêves personnels que je croyais trop excentriques. En plus, il me disait, tout le temps, que j’étais sur la bonne voie.


Tous les titres de « Comme ci, comme ça » ont été arrangés comme fonctionnent les Nations unies. Où les êtres humains de différentes convictions et cultures se réunissent pour trouver des solutions aux challenges de la vie.

– Et dans quelles conditions préparez-vous cette oeuvre et à qui avez-vous fait appel (les musiciens) pour sa réalisation?

Le projet a pris plus de temps que je ne l’avais imaginé. Je croyais finir l’enregistrement en deux semaines, mais voici déjà plusieurs mois que nous continuons d’y ajouter de nouveaux arrangements. Il faut dire que les séances ont été très passionnées et tendues. Pas une passion négative, mais j’avais l’impression que les musiciens, sachant que l’album était en hommage à Kofi Annan, voulaient, eux aussi, apporter leurs idées dans les arrangements. J’étais le juge et j’avais le dernier mot concernant les suggestions des musiciens. Mais il me fallait souvent baisser ma garde pour accepter certaines idées que je n’aurais acceptées dans d’autres situations. Pas que je me sentais obligé de les accepter, mais je voulais aussi rester ouvert et prendre en compte les goûts d’autrui. En fait, je ne voulais pas paraître égoïste.

-La collaboration avec ce beau monde n’a donc pas été de tout repos ?
Je voulais faire comme Miles Davis, qui donnait toujours la chance aux musiciens avec qui il jouait d’être eux-mêmes et faisait de sorte que leurs suggestions soient prises en compte dans ses œuvres. En tout cas, 99% des harmonies et arrangements étaient basés sur l’improvisation.

On changeait des idées plusieurs fois. Des fois, nous avions près de 10 arrangements pour un morceau. Wow ! C’était vraiment fort. Et sachez que les musiciens qui ont participé à ce projet sont très expérimentés pour avoir joué avec des légendes du jazz. Comme, par exemple, le bassiste Lonnie Plaxico qui est lui-même une légende du jazz aux Usa pour avoir joué et enregistré avec Dizzy Gillespie, Alice Coltrane, Art Blakey, Dexter Gordon, etc.; Benito Gonzalez, grand pianiste de jazz qui a joué et enregistré avec Pharoah Sanders, Kenny Garrett, etc.; Francisco Mela, qui a joué et enregistré avec McCoy Tyler, Kenny Barron, Joe Lovano, etc.; Oran Etkin, qui est l’un des plus influents jazzmen clarinettistes de notre ère et lauréat de deux Grammy Awards; Dr. Heather Maxwell, qui est ethnomusicologue, journaliste et animatrice de la fameuse émission « Music time in Africa » sur la Voix de l’Amérique, et très expérimentée dans les musiques africaines. Mais il y a aussi Daniel Freedman, qui est un très grand musicien de jazz et qui a une connaissance approfondie des musiques du monde. Il faut noter qu’il est l’ex-batteur de la diva Angélique Kidjo…

La liste des musiciens qui ont participé à ce projet n’est pas exhaustive. Imaginez donc un instant l’ambiance au studio !… (rires). On était tous tendus et je devais faire preuve de sagesse pour dire non ou oui lors des arrangements. Heureusement, nous sommes en août et donc en pleine finition au niveau du mixage et du mastering. Les premiers Cd seront donc disponibles vers fin novembre. Mais, déjà, vers la mi-octobre, je viendrai à Abidjan avec quelques copies. Je croise les doigts !

-Avez-vous senti la nécessité de faire appel à des musiciens qui comptent dans votre domaine?
En tout cas, je ne voulais pas réaliser ce projet sans avoir l’aval de quelques maîtres du jazz qui me suivent de très près comme le célèbre pianiste de jazz français Christian Jacob, basé à Los Angeles. Christian est mon père spirituel au niveau de la musique. Il me connaît et m’encourage toujours dans la pratique de ce métier et dans la réalisation de mes titres. Christian a été plusieurs fois nominé aux Grammy Awards. C’est un grand jazzman. Il est compositeur de musique de films. Il est l’auteur de la musique de « Sully« , un film du célèbre acteur et réalisateur américain Clint Eastwood.

Aussi y a-t- il le célèbre journaliste de jazz américain Brian Pace, qui, lui aussi, me suit de très près. Il y a plusieurs personnalités de cette trempe qui observent l’évolution de ma carrière et m’encouragent.

-Quel est le plan promo qui sera mis en place à la sortie de « Comme ci, comme ça » ?
Le plan promo sera détaillé dans quelques semaines, précisément après la première semaine d’octobre. Mais, pour l’instant, nous aurons la sortie du titre « Shine on », que j’ai écrit, composé et arrangé spécialement en hommage à Kofi Annan. Les paroles ont été écrites par Dr. Heather Maxwell, qui a aussi assuré au niveau de la chanson. Heather m’a beaucoup aidé dans ce projet et continue de me surprendre par son intelligence et sa grande gentillesse.

C’est une âme superbe. Elle connaît l’Afrique comme sa paume. Elle a vécu au Ghana, en Côte d’Ivoire; elle a enseigné au Mali et a parcouru toute l’Afrique dans le cadre de ses recherches sur la musique africaine. Elle est aussi une talentueuse chanteuse de jazz et fait de bonnes choses à Washington D.C. L’aspect marketing a été confié à l’Américaine Terri Hinte, une grande dame qui a travaillé avec les sommités du jazz comme Bobby Broom, Sonny Rollins. Elle dévoilera, très bientôt, son plan marketing.

-Et, enfin, à Abidjan, vous viendrez partager cette oeuvre aux férus ivoiriens de jazz ?
Je compte faire un tour à Abidjan fin octobre. Je vais profiter de l’occasion pour rencontrer Roger Levry, mon manager pour l’Afrique francophone, et préparer la sortie officielle de l’album. J’envisage une tournée africaine au mois de décembre avec les musiciens avec qui je travaille. Vous aurez plus de détails à mon arrivée à Abidjan.

Entretien réalisé par téléphone par Marcellin Boguy