31 janvier 2023
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Concert du 22 décembre/  Ramsès de Kimon: « Je réserve une grosse surprise aux Ivoiriens » 

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Vivant aux Etats Unis depuis des années, Ramses de Kimon, le leader de l’Orchestre de l’université d’Abidjan (O.U.A) est retour sur les bords de la lagune Ebrié, depuis le 18 novembre. Le Pharaon a pris rendez-vous avec les Ivoiriens pour un concert qu’il présente comme son “grand retour” sur la scène. Interview.

Notre Voie: De retour des États-Unis où vous vivez depuis quelques années, comment avez-vous retrouvé la Côte d’Ivoire ? 

Ramsès de Kimon: La chaleur humaine m’a manqué. J’ai retrouvé mes amis, les parents et les fans avec beaucoup de plaisir. En tout cas, je suis content d’être là, à nouveau, parce que ça fait longtemps que j’ai quitté le pays. L’année dernière, j’étais là. Je suis arrivé en octobre et je suis resté jusqu’en février 2021.

N.V. : Comment peut-on qualifier ce retour ?

R.D.K.: Il s’agit d’un grand retour. C’est ce qu’on appelle en anglais, “unfinish business” (travail inachevé). J’ai démarré, dans les années 1980. J’ai eu du succès. Nous nous sommes battus pour faire grandir l’œuvre. Il y a eu des hauts et des bas. Donc aujourd’hui, je viens continuer ce que j’ai commencé. Ce n’est pas un retour, c’est plutôt la continuité. Ce qui m’a encouragé c’est que depuis 30 ans mes hits sont encore dans les oreilles des Ivoiriens. Ils sont dansés dans les bars et maquis. Je rends gloire à Dieu car ça n’arrive pas à tout le monde. Et pour cette raison, je ne pourrais m’arrêter tant que je suis en vie.

N.V.: Durant toutes ces années d’absence, qu’est-ce que vous avez fait pour faire évoluer votre musique ?

R.D.K. : Je suis parti en 1995 et j’ai fait presque le tour des États-Unis en tournée pour animer des concerts. Il fallait s’exposer davantage pour pouvoir appâter certains producteurs et promoteurs de spectacle. Je n’ai pas dormi sur mes lauriers, mais c’était plus difficile que je ne le croyais. J’ai fait beaucoup de tournée avec de grands artistes jamaïcains. Le dernier avec qui j’ai bossé c’est Culture. En marge de la musique, j’ai poursuivi mes études. Aujourd’hui je suis ingénieur informaticien. Il fallait avoir la green card (carte verte). Cela m’a pris 17 ans. Au cours de mes différents retours, j’ai constaté que les gens en redemandaient. Il était temps que je fasse ce concert.

N.V. : Si l’on devait retenir quelque chose de cette “bataille” qu’est-ce qu’on pouvait noter sur le plan de l’évolution de votre musique ?

R.D.K. : Vous savez qu’aux États-Unis c’est le professionnalisme à un haut niveau. Je ne donnais pas de nouvelles parce que j’attendais d’atteindre un objectif. Et tant que ce n’était pas le cas, il n’était pas question que je vienne présenter quelque chose, je dirais insignifiant. Je voulais offrir du balaise aux Ivoiriens. Cela ne m’a pas empêché de continuer à travailler. J’ai enregistré un album. Mon dernier album, “Le peuple” n’a pas été vendu en Côte d’Ivoire. Il s’agit d’un album dédié au peuple pour dire le pays nous appelle au drapeau dans l’union, la discipline et le travail. On y dénonce certains maux. A savoir, la dictature, la corruption, le tribalisme et le népotisme. Cette chanson est la somme de ce que j’ai chanté depuis.

N.V. : Que réservez-vous aux Ivoiriens le 22 décembre lors de votre concert au Palais de la culture ?

R.D.K. : C’est un concert générationnel.

N.V. : Qu’est-ce que cela veut dire ?

R.D.K. : Il s’agit des retrouvailles de plusieurs générations. Notre génération, celle de nos enfants et de nos petits-enfants. On ne se rend compte mais le temps est passé par là. Avec lui, plusieurs générations. Les anciennes générations sont nostalgiques de ce que Ramses de Kimon a donné. Du lycée technique jusqu’à l’OUA. Aujourd’hui ce sont des pères et des mères. Leurs enfants ont écouté Djidji Nandjui. Ils ont grandi avec la mélodie ; ils ont grandi avec la vidéo mais ne m’ont jamais vu en concert. Aujourd’hui beaucoup ne connaissent pas Ramsès de Kimon, mais lorsqu’on joue la musique tout le monde danse. L’année dernière je suis allée à Yakassé Mé dans le cadre de Tonnerre. Lorsque le morceau Djidji Nandjui a été lancé la moitié du village est sortie pour danser. Je reviens pour prendre ma place. Je reviens avec mon album le peuple. Il y a beaucoup de chansons que les gens ne connaissent pas qu’ils vont découvrir. A partir de là, il y aura d’autres choses à l’intérieur du pays. J’étais déjà en studio en train d’enregistrer mais j’ai suspendu. Il y aura des anciens hits qui seront repris.

N.V. : D’un point de vue musical qu’est-ce que vous réservez aux Ivoiriens ?

R.D.K. : Écoutez l’artiste demeure l’artiste, mais la musique est dynamique. Elle n’est pas statique. Je fais du reggae dans mon style. Il y a les sons et les rythmes d’aujourd’hui. Mais ces rythmes, on les connait depuis longtemps.

N.V. : A quels rythmes faites-vous allusions ?

R.D.K. : Je veux parler de Djidji Nandjui, Up rising, coupé décalé etc. Nous étions dans ces rythmes depuis. Ce n’est pas des choses qui changent. J’appelle ça de l’afro-reggae. Avec les sons d’aujourd’hui. L’orchestre est dirigé par Bouba, l’un des meilleurs musiciens bassistes de sa génération. Un musicien que moi j’appelle architecte. Mais aussi quelques surprises. Il faut que les gens viennent pour découvrir. Venez pour voir. Il y aura une très bonne sono, un bon public. Je réserve la surprise. C’est un gros cadeau de fin d’années. On n’a mis juste avant la Noël pour que les gens aient le temps de se libérer pour venir s’égailler.

N.V. : Quelles sont les caractéristiques de votre album qui n’a pas été promu au pays ?

R.D.K. : Il comporte des chansons en Français, en anglais et en langue du terroir.

N.V. : En quelle langue ?

R.D.K. : La langue Ebrié. Ensuite, j’ai visé l’international. J’ai repris John Lennon, la chanson Imagine; et Louis Armstrong, sa chanson What a wonderful, reprise en reggae. Côté spirituel, il y a des chansons comme Lebôlé. Pour dire, nous nous prosternons devant le seigneur; lamazaphanie, le cri de cœur de Jésus quand, il mourrait sur la croix. C’est tout un melting-pot de son et culture. Si les promoteurs veulent m’inviter, je pourrais faire beaucoup de spectacles. Et là, je voulais relever que malgré tout, les promoteurs ne semblent pas être intéressés par le travail que nous faisons. Il y a eu beaucoup de festival à Abidjan, mais, Ramsès n’a jamais été copté. Nous avons même approché certains qui nous ont ignorés. Ils vont jusqu’en Jamaïque pour aller chercher des artistes. Moi j’y suis allé. J’ai joué avec certains. Je peux dire qu’il n’y a pas de différences. Laissons les complexes. Les artistes Ivoiriens sont talentueux. Je ne dis pas qu’il ne faut pas inviter les jamaïcains, mais je constate qu’ils ne nous font pas de place.

N.V. : Pour le 22 décembre est-ce que des artistes seront invités ?

R.D.K. : Oui. C’est en discussion. Ce que je puis dire est que nous ferons tout pour satisfaire le public. Des artistes très connus seront présents.

N.V. : Quel regard portez-vous sur l’évolution du reggae en Côte d’Ivoire ?

R.D.K. : Elle est dynamique dans les espaces. Il y a beaucoup d’espaces reggae, mais sur le plan national, on ne voit plus trop la musique reggae. J’ai appris que les sponsors ne veulent plus les soutenir, donc c’est difficile pour eux de faire de grands concerts. L’autre chose aussi est qu’on n’est pas uni. C’est malheureux, mais c’est l’union qui fait la force. Regardez les artistes du coupé décalé, il y a une solidarité entre eux. Quand l’un d’entre eux organise un concert, ils sont tous là. C’est important. Il faut développer cet esprit. Nous devons brosser parce que, le travail conditionne tout.

N.V. : Vous avez dit que vous faites un grand retour. Comment envisagez-vous votre futur ?

R.D.K. : Sur le plan national j’ai confié la direction musicale artistique à Boubas. Il a recruté des musiciens qui ont l’expérience du reggae. J’ai confiance. Si les choses matchent, c’est ce groupe que nous allons garder. Nous envisageons des choses au niveau national que sur le plan africain.

Interview réalisée par César Ebrokié